30
Sur la plaine

Alix, toujours magiquement invisible quand il se déplaçait sur les territoires des mutants, gagna le point de rendez-vous des mancius à la mi-journée. Il savait qu’il devrait attendre plusieurs heures avant que les chefs de clan, de même que Mélijna et Alejandre, ne se montrent, mais c’était ce qu’il souhaitait. Il avait besoin de temps pour réfléchir, loin de sa harpie d’épouse et de ses hommes, qui choisissaient trop souvent de s’en remettre à lui. Il avait cependant pris soin de ne rien laisser au hasard dans la libération de la Fille de Lune. Si leur plan se déroulait sans anicroches, elle devrait être en route pour le village de Précian quand il quitterait enfin cet endroit déprimant.

Il soupira, sachant qu’il lui faudrait ensuite convaincre la jeune femme de se rendre chez Uleric, pour que ce dernier la prenne en charge. À la pensée d’être enfin débarrassé de ce fardeau, Alix tenta d’ignorer la douleur lancinante dans ses paumes et dans les muscles de son corps. Pour la millième fois au moins, il se répéta que cette histoire de Cyldias n’avait pas de sens et que c’était les maléfices de Mélijna qui gagnaient en puissance. Même si cette idée était déprimante, ça l’était tout de même moins que de penser qu’une Fille de Lune fraîchement débarquée aurait une emprise totale sur sa vie aussi longtemps que ses pas fouleraient le sol de la Terre des Anciens, et peut-être celui d’un autre monde. Au moins, il pouvait fuir la désagréable compagnie de Mélijna s’il se donnait la peine d’être vigilant, mais avec Naïla, il ne pourrait faire de même.

En contemplant l’horizon terne du désert de Jalbert, qui s’étirait loin devant lui, il soupira. Il y avait maintenant plus de dix ans qu’il se battait dans l’ombre pour délivrer la Terre des Anciens. La venue d’une Fille de Lune de la lignée maudite aurait dû le réjouir autant que son ami Madox, mais pour des raisons bien différentes. Pourtant, il sentait peser sur lui un poids beaucoup plus lourd que par le passé. Si la vieille magie opérait réellement comme le disait Zevin, il ne pourrait pas se défiler tant et aussi longtemps que la jeune femme vivrait, et il porterait sur ses épaules le poids d’une seconde vie. Comme si le poids de la sienne ne lui suffisait pas !

Il cherchait encore la source des dons exceptionnels qui étaient les siens depuis sa naissance. Il ne connaissait pas l’identité de ses parents et il ne pouvait que spéculer sur ses origines, vivant avec l’impression constante que sa vie ne tenait qu’à un fil. Son mariage obligé ne lui avait pas apporté la quiétude qu’il espérait, ni le rempart dont il avait désespérément besoin pour masquer ses activités véritables. Il tramait derrière lui des erreurs de jeunesse et de témérité qui nuisaient trop souvent à sa quête des trônes de Darius et d’Ulphydius. Et, par-dessus tout, il éprouvait une sensation étrange en présence de la jeune femme dont il voulait si ardemment confier la garde à quelqu’un d’autre. Il n’avait surtout pas besoin qu’une nouvelle forme de magie ancestrale vienne lui mettre des bâtons dans les roues.

Le dos appuyé contre une paroi rocheuse, aux limites du désert, il ramena ses genoux contre sa poitrine et y appuya sa tête devenue douloureuse. Quand bien même il l’aurait voulu, il ne se sentait pas la force de poursuivre cette déprimante réflexion sur sa vie. Le sommeil qu’il avait délibérément fui au cours des derniers jours, parce qu’il devait préparer l’évasion de la Fille de Lune, semblait vouloir le gagner. Pendant quelques instants, il tenta de lutter, mais il savait qu’il vaudrait mieux s’y abandonner. La nuit serait peut-être plus longue que prévu.

 

* *

*

 

Le monde autour de lui semblait plongé dans un épais brouillard permanent. Il ne distinguait que des formes et des silhouettes imprécises qui se mouvaient sans bruit. Il savait qu’il ne se trouvait plus sur la Terre des Anciens ; il avait la certitude d’avoir traversé l’une des frontières du temps et de l’espace. Il aurait cependant été bien en peine de dire dans lequel des six autres mondes il avait pénétré et où se trouvait ce passage que tant de sorciers cherchaient.

— Mais tu es dans ton propre monde, jeune Alix. Dans le monde qui t’a vu naître et partir beaucoup trop tôt.

Alix chercha d’où venait cette voix calme et douce, mais il ne vit rien.

— Qui êtes-vous ? s’entendit-il demander. Comment connaissez-vous ce nom que seuls mes plus précieux compagnons d’armes me donnent ?

— Oh ! Mais je sais tout de toi, jeune guerrier du temps. Je n’ai de cesse de suivre tes pas depuis le tout début de ta vie, depuis le jour où l’on t’a arraché à ta mère pour que tu puisses accomplir ce destin qui est le tien. J’ai assisté à tes plus brillantes victoires comme à tes échecs les plus cuisants. Je t’ai vu affronter des créatures qui hantent maintenant tes cauchemars et lutter contre des forces que personne ne souhaite voir se réveiller. Je t’ai regardé apprendre à maîtriser tes dons innés, après avoir découvert ces pouvoirs que tu portes en toi et dont tu ne connais pas encore l’ampleur véritable. Je t’ai suivi sur les chemins de l’histoire de la Terre des Anciens, dans les bibliothèques des villes que tu as visitées, dans les temples du savoir que tu as pillés, dans les lieux mystiques dont tu as retrouvé la trace. Et j’étais aussi présente quand tu as rencontré celle qui te ressemble tant, même si elle n’est encore que l’ombre de ce qu’elle doit être…

— Pourquoi ? Pourquoi ma vie vous passionne-t-elle autant ? Pourquoi…

Mais les questions du Cyldias restèrent en suspens dans l’immensité vaporeuse qui l’entourait et personne ne répondit, comme s’il ne devait pas savoir, comme si une réponse pouvait changer le cours du destin, son destin.

— Va, maintenant, jeune Alix. Va rejoindre ceux qui t’attendent. Et ne t’en fais pas, je veillerai toujours sur toi, comme je veille sur elle.

 

* *

*

 

Alix se réveilla en sursaut, mais il n’eut guère le temps de repenser à ce qu’il avait vu en songe. Le soleil descendait sur l’horizon, et les chefs de clan attendaient quelques mètres plus bas. Un coup d’œil lui suffit pour voir que Mayence n’était pas présent ; seuls les dirigeants s’étaient déplacés, forts du soutien de leurs familles respectives. Comme l’avait mentionné le jeune mancius, Rimard n’avait pas jugé bon de venir, mais personne ne semblait s’en offusquer. Alix pensa avec ironie que ça leur en faisait un de moins à surveiller.

Le jeune homme était toujours aussi surpris de constater à quel point les clans ne se faisaient pas confiance et étaient les instigateurs de leur propre disparition. La méfiance régnait en maître et il ne se passait pas une rencontre sans que l’on en vienne à utiliser les armes. Mais s’il voulait être franc, Alix trouvait cette situation parfaitement acceptable. S’ils pouvaient tous s’entretuer, ça réglerait définitivement son problème actuel. Ils n’eurent malheureusement pas le temps de trouver un sujet de discorde avant que les deux êtres qu’Alix détestait le plus au monde ne fassent leur apparition.

Immédiatement, Mélijna, qui attendait légèrement en retrait, jaugea l’assemblée avec une attitude hautaine qui lui valut des regards désapprobateurs dans les rangs des mancius. Le Cyldias en fut ravi. « Traite-les comme des imbéciles, pensa-t-il, satisfait, et je doute fort que tu obtiennes ce que tu es venue chercher. »

L’attention des chefs de clan fut détournée par un mouvement à la gauche de la sorcière. La vision peu flatteuse qu’offrait Alejandre aux mancius rassemblés arracha à Alix un sourire de contentement. Son détestable frère rendait ses tripes dans un buisson sec. Il tenta ensuite de retrouver son équilibre, mais n’y parvint pas immédiatement. Mélijna vola à son secours, la colère déformant ses traits déjà sans charme. D’un geste de la main, elle remit le jeune homme sur pied, mais il n’y avait plus rien de naturel dans sa posture. Alejandre marmonna entre ses dents :

— Je ne m’habituerai jamais à voyager de cette façon. Ça ne sert à rien…

Mélijna lui jeta un regard de gorgone qui lui cloua le bec.

— Tâche simplement de bien te tenir, même si tu sembles en être incapable, et je m’occupe du reste.

Le sire de Canac lui lança un regard courroucé, mais s’abstint de répliquer. La sorcière reporta ensuite son attention sur les mancius réunis.

— Je suis particulièrement heureuse de constater que ma proposition vous a plu. Nous allons donc…

Elle fut interrompue par le mancius à cornes grises et à fourrure jaune qu’Alix avait vu protester l’autre jour.

— Avant de donner mon accord, je veux savoir quels sont les pouvoirs que vous prétendez nous accorder ?

— Et moi, je veux une démonstration de votre bonne volonté en vous voyant, dès ce soir, remplir une partie de vos promesses, ajouta un mancius ailé.

Mélijna fronça les sourcils. Vraisemblablement, elle n’avait pas imaginé que ces êtres qu’elle jugeait primitifs poseraient de nouvelles conditions une fois qu’elle serait sur place.

— Ma parole ne vous suffit pas ? demanda-t-elle, une note d’arrogance dans la voix. Je n’ai pas l’habitude de me faire dicter ma conduite par des êtres qui me sont inférieurs.

« Parfait, se réjouit Alexis. Continue de t’enfoncer, ma vieille. »

— Votre parole a une forte tendance à se modifier avec le passage du temps, répliqua le mancius à cornes, sarcastique. Je ne veux surtout pas que mon peuple ait encore une fois à souffrir de votre mauvaise foi.

— Voyez-vous cela, siffla Mélijna. De la mauvaise foi, vraiment ? Je me souviens plutôt d’un désistement de vos troupes en plein milieu d’une bataille. Je ne vois pas pourquoi j’aurais payé pour un service rendu qu’en partie seulement…

Le mancius ailé bouillait littéralement de colère.

— Nous ne nous sommes pas désistés ! Nous avons été littéralement massacrés sans que vous leviez le petit doigt pour nous venir en aide.

Le petit doigt, c’était le cas de le dire, puisque Mélijna n’avait souvent qu’à bouger l’un de ses appendices pour que sa magie opère.

Le jeune homme remarqua soudain qu’Afrion s’avançait lentement, prêt à s’interposer entre la sorcière et les chefs de clan. L’aîné décida finalement de prendre la parole, pour tenter de calmer les esprits qui menaçaient de s’échauffer. En effet, un mancius nanti d’un très long cou s’était rapproché, une arme à la main, les yeux rougeoyant de colère ; il ne semblait pas avoir envie de discuter outre mesure.

— Au risque de déplaire à l’une comme aux autres – il jeta d’abord un œil à Mélijna avant de se tourner vers les chefs de clans mutants –, je pense que vous devriez vous souvenir que vous avez, en ce moment, besoin les uns des autres… Il ne sert donc à rien de continuer à lancer des accusations qui ne mèneront nulle part. Vous devez…

Le vieux mancius appuya fortement sur le mot « devez ».

— … trouver le moyen de vous entendre et de parvenir à un accord qui satisfasse les deux parties.

Les mancius, de même que Mélijna, n’eurent d’autre choix que de se rendre à l’évidence ; il n’y avait pas d’autre possibilité. Ils risquaient, d’un côté comme de l’autre, de se voir priver de ce qu’ils étaient venus chercher. Afrion devint donc le médiateur des longues discussions qui s’ensuivirent.

Tandis que la nuit enveloppait les adversaires réunis autour d’un feu de camp, Alix désespérait que cette réunion, qui durait déjà depuis deux heures, ne finisse jamais. Il se sentait de plus en plus las des nombreuses récriminations de chacun.

« Pourquoi Afrion ne les a-t-il pas laissés s’entretuer ? fulminait le Cyldias. Avec un peu de chance, Mélijna et Alejandre seraient déjà partis et je ne serais pas obligé de rester dans cette inconfortable position. »

 

* *

*

 

Ce qu’Alix ignorait, c’est qu’il y avait pire que les muscles endoloris de son dos et les brûlures infligées par Vigor qui suintaient toujours. Ses pouvoirs, lentement amoindris par la trop longue période écoulée depuis sa dernière rencontre avec la Fille de Lune, risquaient à tout moment de le trahir. Sans qu’il s’en soit rendu compte, son invisibilité perdait de sa vigueur. Par moments, pour un observateur aguerri, une silhouette se dessinait quelques secondes dans les reflets des flammes sur les rochers, derrière les chefs de clan.

Heureusement pour lui, ce n’était pas son frère qui lui faisait face, mais un chef mutant reconnu pour son désir de paix. Frayard, un mancius que la vie avait durement éprouvé, remarqua presque aussitôt ce qui se passait à l’ombre d’une aspérité du roc. Il ne savait pas exactement ce que cette présence voulait dire, mais il se doutait que ce n’était pas par simple distraction que cet homme avait choisi de se rendre invisible dans une réunion comme celle-là. Alors que ses compatriotes remettaient en question, une fois de plus, la validité de la parole de Mélijna concernant la passation des pouvoirs, le mancius aux extrémités palmées se leva dans l’indifférence générale et s’éloigna vers la silhouette qui devenait de plus en plus perceptible, bien que par intermittence.

 

* *

*

 

Absorbé par la vive discussion qui risquait, une fois de plus, de ne pas déboucher sur une entente ferme entre les parties, Alix ne remarqua pas que le mancius se dirigeait vers lui. Lorsqu’il perçut enfin la présence de l’autre, il ne mit que quelques secondes à comprendre ce qui se passait. Il disparut instantanément. Frayard perçut un bref déplacement d’air qui lui assura qu’il n’avait pas rêvé.

Le jeune homme se réfugia un peu plus en hauteur, ne pouvant se résoudre à quitter la plaine, même s’il lui était maintenant plus difficile de saisir ce qui se disait. Il soupira. Cette réunion s’éternisait, les mancius se montrant plus patients qu’il ne le croyait possible. Mais ces derniers rêvaient depuis trop longtemps d’acquérir des pouvoirs pour risquer de laisser passer cette chance de les obtenir.

Constatant que les pourparlers continuaient sans faiblir et que le mancius qui se dirigeait précédemment vers lui avait regagné sa place, Alix se donna quelques minutes pour penser à sa propre situation. Il savait maintenant que le don qui lui permettait de se soustraire à la vue de la plupart des créatures vivantes ne fonctionnait plus de façon continue, comme si des ondes parasites le court-circuitaient.

— Naïla…

Le nom de la Fille de Lune franchit ses lèvres comme un reproche. Il la tenait pour responsable de ses problèmes de plus en plus fréquents et espérait qu’à l’heure qu’il était, Nidolas avait rempli la première partie de la mission de sauvetage. Avec de la chance, la jeune femme serait en sûreté au prochain coucher du soleil et il pourrait retrouver la pleine possession de ses moyens avant deux jours.

« En espérant que ce Sage incompétent accepte de lever la malédiction qui m’enchaîne à cette Fille de Lune médiocre. »

Le jeune Cyldias sourit tout de même dans la nuit noire.

« Je sais ce que je vais lui proposer pour le convaincre de confier cette tâche ingrate à un autre », se dit-il.

Mais sa réflexion fut interrompue par une clameur soudaine dans les rangs des mancius. Oubliant toute prudence, Alix rejoignit le cercle juste à temps pour voir Mélijna opérer un transfert de dons, un seul.

Le contact entre les guerriers mutants et la sorcière ne dura pas plus de trois minutes. Alix regardait tout autour, attendant impatiemment que l’un des mancius se décide à essayer son nouveau savoir afin qu’il sache à quoi s’en tenir de la part de ce peuple de combattants. Mais il regretta bientôt son ignorance, celle-ci lui permettait au moins de ne pas s’en faire outre mesure. Alors que maintenant, il ne pouvait ignorer que le mancius ailé venait de dégainer une épée, qui rougeoyait étrangement dans le noir de la nuit nuageuse. Alix n’avait pas besoin qu’on lui explique ce qui se passait ; il avait déjà observé ce phénomène il y a bien longtemps, dans un contexte qui lui paraissait surréaliste aujourd’hui. Le jeune homme secoua la tête pour chasser le souvenir qui lui revenait et auquel il ne voulait surtout pas s’attarder. Mélijna leur avait donc donné le feu de Phédé, qui permettait aux armes d’être toujours rougies comme si elles sortaient des braises d’une forge. Ainsi, non seulement ces armes infligeraient-elles des blessures, mais aussi des brûlures, retardant ainsi délibérément la guérison des plaies.

— Que ces maudits mutants s’en servent entre eux, murmura, rageur, le jeune guerrier entre ses dents. Peut-être comprendront-ils ensuite ce que c’est que de réellement souffrir par la magie.

Concentré sur les mancius fascinés par le feu sacré, le jeune homme ne remarqua pas la disparition d’Alejandre, qui se tenait à la droite de Mélijna lors de l’échange. Personne ne bougea non plus pour lui faire comprendre que son invisibilité lui jouait des tours encore une fois. Soudain, il sentit une lame s’enfoncer dans son flanc droit, à l’endroit exact où elle avait pénétré dix ans plus tôt, poussée par le même homme et accompagnée d’un rire toujours aussi cruel, celui du sire de Canac.

 

Naïla de Brume
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